Bienvenue à l’exposition permanente consacrée au cycle MUTATIS MUTANDIS, de Gianni di Lorena !

Entrez, entrez ! Votre présence n’est probablement pas le fait du hasard ; ces affiches placardées à l’entrée du Théâtre auront sans doute piqué votre curiosité alors que vous vous rendiez au spectacle. C’est le cas de la plupart de ceux qui se retrouvent ici. Vous avez d’abord tenté de venir au milieu de la journée, pour trouver porte close, n’est-ce pas ? Oh, oui, je le devine à votre mine déconcertée. Vous n’avez pas cru l’écriteau disant que cet endroit n’est accessible qu’entre minuit et trois heures du matin. C’était une plaisanterie, forcément. Et puis, comment pourrait-on héberger une exposition, permanente qui plus est, dans cette aile du bâtiment qui accueille déjà les collections ordinaires du Théâtre… ? Et pourtant, vous voilà. Quelque chose, au fond, un je-ne-sais-quoi vous tarabustait. La pièce à laquelle vous avez assisté n’est pas comme les autres, vous l’avez senti dès le lever de rideau… Il vous fallait donc en avoir le cœur net, savoir de quoi il retourne. Vous le constatez maintenant, c’est bête comme chou : lorsqu’un musée clos ses portes, celui-ci les ouvre.

Comment ? Que voulez-vous dire, est passé l’autre ? Je vous l’ai dit : il est fermé. Et puis vous n’êtes pas là pour ça, après tout. Mais entrez, allons, ne craignez rien. Vous apprécierez certainement qu’à ces heures, et malgré son grand succès, l’exposition demeure très calme. Vous ne croiserez que peu de monde, si vous en croisez tout court. Quoi donc ? Oh, non, détrompez-vous : depuis le début des représentations, les lieux sont très courus… par les bonnes personnes. Contradictoire, dites-vous ? Pas du tout. C’est simplement, disons, que chacun de ceux qui ont su voir l’un de ces écriteaux vient ici en une heure qui lui est propre. Comme je vous le disais, ce n’est pas sans raison que vous êtes ici ce soir. Parvenir jusqu’à ce lieu demande une certaine… perspicacité. Et vous, ah ! je peux dire d’emblée que vous êtes un personnage des plus sagaces. Oui, oui, ne trouve pas ce musée qui veut…

Allons, allons ! ne restez donc pas ainsi, comme un piquet sur le pas de la porte. Explorez ! Le spectacle a dû vous laisser avec des curiosités, des interrogations. Attendez… vous avez bien assisté aux représentations, n’est-ce pas ? Si ce n’est pas le cas, ce que vous verrez, écouterez et lirez ici n’aura guère de sens pour vous ; je vous conseille d’avoir au moins parcouru le livret. Vous l’avez déjà lu ? Ah, bien, bien. De ce cas, vous trouverez ici des réponses, sinon à tous vos questionnements, du moins à une partie d’entre eux.

Quantités de choses que vous découvrirez dans ces salles sont le fruit du travail de Gianni di Lorena, qui, non content d’être l’auteur de MUTATIS MUTANDIS, en a également supervisé la mise en scène, depuis les costumes jusqu’à la musique. Fort de longues recherches sur l’historicité des évènements que retrace son œuvre, l’auteur a prêté à cette exposition des documents inédits. Ce musée fait aussi, de cette manière, office d’archives. Je ne serais pas surpris d’apprendre que Di Lorena a aménagé son étude secrète quelque part entre ces murs. La rumeur veut qu’il l’ait installée dans le Théâtre, mais personne ne l’a jamais trouvée, bien que plusieurs témoins aient vu le dramaturge se promener dans les couloirs à des heures indues en marmonnant tout bas…

Ah ! mais voilà que je vous tiens la jambe ! Pardonnez-moi. La charge de concierge est parfois bien solitaire. Venez, c’est par ici. Au bout de ce hall, vous trouverez un panneau indiquant les différentes parties de l’exposition. Bonne visite.

… Oh ! j’oubliais. Le musée s’étoffe à mesure que se joue MUTATIS MUTANDIS. De pièce en pièce – et même d’acte en acte, le croyez-vous ? –, il mettra l’emphase sur celle qui est donnée à ce moment-là au Théâtre. Ainsi, une fois que s’achèveront les représentations de la Pavane des Fées Sans-gêne et que commenceront celles de la Ballade des Esprits d’Aventure, des nouveautés concernant le plus récent segment viendront enrichir ces salles, et ainsi de suite, jusqu’à l’achèvement du cycle. Vous comprenez, même si son auteur sait déjà ce qui s’apprête et comment tout va se terminer, il s’agit de ne pas gâcher la surprise pour les spectateurs. Afin de ne rien manquer, revenez donc nous voir de temps en temps. Et même si vous n’allez jamais au spectacle, le livret des pièces paraîtra de manière régulière, à raison d’un acte tous les six mois environ. Enfin, gardez l’œil ouvert, et le bon : quelque chose me dit que ces recueils érotiques clandestins qui font tant de gorges chaudes braveront régulièrement la censure…